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Surenchère de döner ?

Article paru le 13/04/2016
Source : DNA


Deux ans après son élection, l’objectif de l’équipe municipale de diversifier le commerce dans le centre-ville de Bischwiller n’a pas été atteint. La multiplication des fast-foods, pizzerias et döner kebabs serait en partie responsable.

Husrev Baker, 60 ans, se souvient du temps où il était le seul, rue de la Gare, à régaler les Bischwillerois de ses sandwiches de viande grillée à la broche. « L’été, les clients, des ouvriers principalement, faisaient la queue jusqu’à l’extérieur ! », se souvient le gérant du restaurant-snack L’Orient Express. Les belles années 2000 où il avait pignon sur rue sont terminées. Aujourd’hui, ils sont quinze en tout à vendre des spécialités turques, burgers et pizzas dans une ville de près de 13 000 habitants.

La multiplication des enseignes de restauration rapide, un frein à l’installation de nouveaux commerces ?

« Même si chaque nouvelle ouverture impacte mon commerce, tout le monde a le droit d’investir, d’avoir des projets, d’essayer de gagner sa vie », relativise le commerçant qui a perdu 30 % de son chiffre d’affaires les trois dernières années. Ce qui passe moins en revanche, c’est la concurrence qui casse les prix pour rafler la clientèle. « Ça, c’est du sale commerce ! Fais mieux que moi, gagne plus, mais ne casse pas les prix ! », s’emporte-t-il. Parfois, il songe à fermer. Plus envie de se battre. Même si un noyau de clients lui reste fidèle pour « la qualité » de ses produits, sur laquelle il n’a jamais lésiné.

Le restaurateur n’est pas au bout de ses peines. Un nouveau restaurant-kebab s’apprêtait à ouvrir ses portes dernièrement dans cette petite artère qui en compte déjà trois, avant de renoncer devant l’étendue des travaux…

Un phénomène qui a modifié le visage du commerce bischwillerois. En une dizaine d’années, le chef-lieu de canton s’est vidé de ses commerces traditionnels – le dernier en date, le magasin de chaussures Georges, a plié bagages il y a un peu plus d’un an – pour laisser place aux banques, assurances, opticiens, laboratoires et aux cellules commerciales désespérément vides et vétustes. Seule une poignée de boulangeries-pâtisseries, fleuristes et coiffeurs maintiennent le cap.

D’aucuns invoquent les fermetures d’usine, dans les années 2000, qui ont laissé sur le carreau des centaines d’ouvriers, fait exploser le taux de chômage (19 % en 2012) et cassé le pouvoir d’achat. Les achats sur internet et l’émergence des grandes surfaces en périphérie seraient également responsables du déclin.

Et selon Bernard Heckert, président de l’Association des artisans et commerçants de Bischwiller (Acab), la tendance n’est pas près de s’inverser. En cause, dit-il, la multiplication des enseignes de restauration rapide qui, en plus de faire du tort aux commerces existants, serait un frein à de nouvelles installations.

Une pétition de 725 signatures

Dès sa prise de fonction en juin 2014, le président, gérant de l’enseigne Pizza Nico, avait dénoncé le trop grand nombre de commerces qui ouvrent « dans le même secteur d’activité de manière sauvage et non réglementée », chiffres à l’appui : sur 28 restaurants présents dans le centre-ville, 14 sont des fast-foods, pizzerias et döner kebabs. Deux ans plus tard, « rien ne change », s’agace-t-il. Une pétition contre l’ouverture jugée illégale d’un restaurant-bar-salle de jeux en décembre dernier a recueilli 725 signatures.

« L’action publique ne se conçoit pas dans l’entrave illégale de l’exercice du commerce. Nous sommes dans un état de droit, je n’ai pas le pouvoir de faire fermer un commerce, justifie le maire, Jean-Lucien Netzer. La seule chose que nous pouvons faire, c’est préempter des locaux et les rénover pour attirer de nouveaux commerces. » Les propriétaires ont également été encouragés à modérer le loyer les premiers mois d’installation du commerçant.

Une politique incitative qui n’a pour l’instant eu que peu d’effets. « Cinq-six projets n’ont pas abouti parce que les gens se désistent au dernier moment, ont peur de se lancer », regrette Michèle Muller, adjointe au commerce, à l’artisanat et à la réhabilitation du centre-ville. Pour le président de l’Acab, « on a beau faire baisser les loyers, tant qu’il n’y aura pas de stratégie de développement du commerce, rien ne se passera. En deux ans, nous avons perdu plus de commerces que nous n’en avons gagnés, et la valeur de nos fonds de commerce s’est appauvrie. »

La Ville, de son côté, dit instruire scrupuleusement chaque nouveau dossier. « Dès que j’ai connaissance de l’ouverture d’un nouveau restaurant, je rencontre la personne et lui rappelle la réglementation, l’obligation de mise aux normes des locaux, les mesures d’hygiène et de sécurité à respecter », indique Michèle Muller, qui a ainsi dissuadé plusieurs porteurs de projet. Mais une fois le dossier validé par le service urbanisme, la commission de sécurité et la préfecture, rien ne peut empêcher l’ouverture.

Vitrines en trompe l’œil

Seule éclaircie dans ce ciel bien sombre : un petit atelier de création de bijoux vient d’ouvrir ses portes rue Raymond-Poincaré, au milieu de locaux vides. Pas un problème pour Hélène Portalis, la gérante, qui se dit contente, mais aussi réaliste : « Je pense que mes créations intéresseront moins les Bischwillerois que les gens de l’extérieur qui me connaissent déjà et me suivent sur Facebook », dit-elle.

Reconquérir la clientèle locale et attirer celle de l’extérieur, c’est l’objectif fixé par la municipalité. Cela passe, selon elle, par la revalorisation du patrimoine architectural de la ville et le mise en place d’animations (marché des producteurs, journée du commerce, fête foraine, fête des plantes le 24 avril, fête du marché le 18 mai…). Dernière trouvaille en vue : transformer les vitrines des locaux commerciaux inoccupés en boutique imaginaire à l’aide de trompe l’œil (librairie, bistrot, épicerie fine…). Une façon insolite de montrer le potentiel du centre-ville et de peut-être attirer ces commerçants tant attendus.

le 18-04-2016